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> Feu

[ 26 janvier 2020 ]

… d’après une photo personnelle digitartnumerisée,

Feu, feu, feu du foyer d’en bas, feu du foyer d’en haut,
Lumière qui brille dans la lune, lumière qui brille dans le soleil
Étoile qui étincelle la nuit, étoile qui fend la lumière, étoile filante.

Esprit du tonnerre, œil brillant de la tempête,
Feu du soleil qui nous donne la lumière,
Je t’appelle pour l’expiation, feu, feu !

Feu qui passe, et tout meurt derrière tes traces,
Feu qui passe, et tout vit derrière toi,
Les arbres sont brûlés, cendres et cendres,
Les herbes ont grandi, les herbes ont fructifié.

Feu ami des hommes, je t’appelle, feu, pour l’expiation !
Feu, je t’appelle, feu protecteur du foyer,
Tu passes, ils sont vaincus, nul ne te surpasse,
Feu du foyer, je t’appelle pour l’expiation !

( anthologie nègre de Blaise Cendars – 1921 – )


> Carrelet à Saint Georges de Didonne

[ 2 février 2020 ]

… digitartlisation de ce jour

Mon carrelet se trouve au bord d’une falaise
Son filet relevé sur le petit ponton,
Sa cabane m’abrite et j’y suis bien à l’aise
Aujourd’hui je m’enfuis loin du triste béton.
C’est là que la lumière est plus forte, plus pure,
Elle attend le moment de notre rendez-vous
J’accélère mon pas et j’entends le murmure
Que chante l’océan de son air le plus doux.
Je distingue déjà ces belles sentinelles,
Tous ces toits semblent s’être allongés sur les flots,
Ils sont là tout le long ouvrent grandes leurs ailes
Dessinant le rivage en tous petits îlots.
L’odeur devient plus acre et l’océan courrouce
Jetant jusqu’à ma porte une lame de fond,
Déjà les pilotis se recouvrent de mousse
Dans le jour qui paraît sur cet azur profond.

( Nell – 10 mars 2016 – « Les carrelets sur l’océan » – extrait du net )


> Lion cohérent

[ 30 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une photographie que j’ai prise en 2019

On exposait une peinture
Où l’artisan avait tracé
Un lion d’immense stature
Par un seul homme terrassé.
Les regardants en tiraient gloire.
Un lion en passant rabattit leur caquet.
 » Je vois bien, dit-il, qu’en effet
On vous donne ici la victoire ;
Mais l’ouvrier vous a déçus : Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes confrères savaient peindre. « 

( Jean de la Fontaine )


> Le vieil arbre

[ 24 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une photographie de mon vieil arbre préféré

Tu réveilles en moi des souvenirs confus.
Je t’ai vu, n’est-ce pas ? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l’orage avait un noble geste,
Et l’amour se cachait dans tes rameaux touffus.

D’autres, autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste;
Et toi-même, aujourd’hui, sait-on ce que tu fus ?

Ô vieil arbre tremblant dans ton écorce grise;
Sens-tu couler encore une sève qui grise ?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés ?

Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine,
Et, pour tromper l’ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J’aime à me souvenir des nids que j’ai bercés.

( Pamphile Le May, 1837-1918, « À un vieil arbre », Les gouttelettes, 1904. )


> Pêcheur d’Islande

[ 22 janvier 2020 ]

Un soir de rude tempête
Un joyeux pêcheur dunkerquois
Se dit saperlipopette !
Je le sens bien, je n’suis pas d’bois
Pas d’erreur, pour pêcher
Le vent veut m’empêcher
J’m’en bats l’oeil proprement
Question de tempérament
Mais puisque sur la mer
Pas moyen prendre l’air
Je vais profiter un’ bon n’ fois
De l’amour et d’ses douces lois

Vint à passer un joli brin de fille
Il remarqua, la reluquant : qu’elle est gentille !
Si je pouvais me griser de bonheur
En lui posant sur l’heure
Mon grappin séducteur

La p’tit’ prit la rue d’l’Eglise
A pas pressés sur le trottoir
Que faut-il que je lui dise ?
Songeait-il je la veux ce soir
Près d’l’église Saint-Eloi
S’approchant plein d’émoi
Il murmura doucement
Ecoutez belle enfant
Pourquoi presser le pas ?
Voyons prenez mon bras
Dans un timide et doux regard
Ell’ désigna la plac’ Jean Bart

Tout en filant ce joli brin de fille
Il soupira, la reluquant : qu’elle est gentille !
Je voudrais bien me griser de bonheur
En lui posant sur l’heure
Mon grappin séducteur

Soudain près des Quatre Ecluses
La p’tit’ avoua s’retournant
Mon p’tit comprends-tu les ruses
De mon p’tit remorquag’ galant ?
T’as l’air d’un bon garçon
Aboul’ moi ton pognon
Et j’te sacre seigneur
De mon p’tit intérieur
Malgré son air piteux
Le p’tit fut généreux
Et goûta le suprême bonheur
Dans un p’tit ‘beurtje » d’un quart d’heure

En bécotant ce joli brin de fille
Il soupira très tendrement : qu’elle est gentille !
Je puis enfin me griser de bonheur
En lui posant sur l’heure
Mon grappin séducteur

Le lendemain de l’aventure
Se trouvant près du Leughenaer
Le gars disait : je le jure
Ce n’est pas l’effet du hasard
Malgré le vent du Nord
Qui « saquait » à tribord
J’ai lancé mes filets
Avec un grand succès
Guch’, t’as rien de l’aplomb
Mais lui riposta goguenard
C’était près d’l »estatue » d’Jean Bart

Que lundi soir, étant un peu pompette
Une fillette, à l’œil moqueur m’a fait risette
Que voulez-vous ? en bon marin pêcheur
Je lui posait sur l’heure
Mon grappin séducteur

( chanson populaire dunkerquoise – env. 1900 – la pèche au peudre )


> Lézard de carnaval

[ 18 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une ancienne photographie.

Lézard des rochers,
Lézard des murailles,
Lézard des semailles,
Lézard des clochers.

Tu tires la langue,
Tu clignes des yeux,
Tu remues la queue,
Tu roules, tu tangues

Lézard bleu diamant
Violet reine-claude,
Et vert d’émeraude,
Lézard d’agrément !

( Robert Desnos – le lézard – « Chantefables » )


> Escalier de Léonard

[ 15 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une photographie prise au Clos Lucé à Amboise, dernière demeure de Léonard de Vinci.

L’escalier du réel
Est dur et épuisant
Mais il est beau vivant
Même si parfois cruel

Celui du trop grand rêve
Il est facile rapide
Et pas toujours lucide
Car il est juste un rêve

Rêve à réaliser
Et que les mains se tendent
Sa force est offrande
Comme il est bon l’oser

Car de vivre son rêve
C’est exister vraiment
Le coeur pur palpitant
Une fatigue s’achève

( Annick – juillet 2007- )


> au Pont du Diable

[ 11 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une photographie que j’ai prise le 28 décembre 2019

Silencieux, les poings aux dents, le dos ployé,
Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes,
Sur un pic hérissé de neiges éternelles,
Une nuit, s’arrêta l’antique Foudroyé.

La terre prolongeait en bas, immense et sombre.
Les continents battus par la houle des mers ;
Au-dessus flamboyait le ciel plein d’univers ;
Mais Lui ne regardait que l’abîme de l’ombre.

Il était là, dardant ses yeux ensanglantés
Dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes,
Où le fourmillement des hommes et des bêtes
Pullule sous le vol des siècles irrités.

Il entendait monter les hosannas serviles,
Le cri des égorgeurs, les Te Deum des rois,
L’appel désespéré des nations en croix
Et des justes râlant sur le fumier des villes.

Ce lugubre concert du mal universel,
Aussi vieux que le monde et que la race humaine,
Plus fort, plus acharné, plus ardent que sa haine,
Tourbillonnait autour du sinistre Immortel.

Il remonta d’un bond vers les temps insondables
Où sa gloire allumait le céleste matin,
Et, devant la stupide horreur de son destin,
Un grand frisson courut dans ses reins formidables.

Et se tordant les bras, et crispant ses orteils,
Lui, le premier rêveur, la plus vieille victime,
Il cria par delà l’immensité sublime
Où déferle en brûlant l’écume des soleils :

– Les monotones jours, comme une horrible pluie,
S’amassent, sans l’emplir, dans mon éternité ;
Force, orgueil, désespoir, tout n’est que vanité ;
Et la fureur me pèse, et le combat m’ennuie.

Presque autant que l’amour la haine m’a menti :
J’ai bu toute la mer des larmes infécondes.
Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes !
Dans le sommeil sacré que je sois englouti !

Et les lâches heureux, et les races damnées,
Par l’espace éclatant qui n’a ni fond ni bord,
Entendront une Voix disant : Satan est mort !
Et ce sera ta fin, Oeuvre des six Journées !

Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894) La tristesse du diable


> Carrelet et Talmont

[ 10 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une photographie que j’ai prise il y a quelques temps

L’Océan sonore
Palpite sous l’oeil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair,

Et que chaque lame,
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu’au firmament,
Où l’ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.

( Paul Verlaine – 1844-1896 – Poèmes saturniens )


> le phare de Cordouan

[ 9 janvier 2020 ]

… digitartlisation d’une photographie que j’ai prise le 6 janvier 2020

Phœbus, de mauvais poil, se couche.
Droit sur l’écueil :
S’allume le grand borgne louche,
Clignant de l’œil.

Debout, Priape d’ouragan,
En vain le lèche
La lame de rut écumant…
– Il tient sa mèche.

Il se mâte et rit de sa rage,
Bandant à bloc ;
Fier bout de chandelle sauvage
– Plantée au roc !

– En vain, sur sa tête chenue,
D’amont, d’aval,
Caracole et s’abat la nue,
Comme un cheval…

– Il tient le lampion au naufrage,
Tout en rêvant,
Casse la mer, crève l’orage
Siffle le vent,

Ronfle et vibre comme une trompe,
– Diapason
D’Éole – Il se peut bien qu’il rompe,
Mais plier – non. –

Sait-il son Musset : À la brune
Il est jauni
Et pose juste pour la lune
Comme un grand I.

… Là, gît debout une vestale
– C’est l’allumoir –
Vierge et martyre (sexe mâle)
– C’est l’éteignoir. –

Comme un lézard à l’eau-de-vie
Dans un bocal,
Il tirebouchonne sa vie
Dans ce fanal.

Est-il philosophe ou poète ?…
– Il n’en sait rien –
Lunatique ou simplement bête ?…
– Ça se vaut bien –

Demandez-lui donc s’il chérit
Sa solitude ?
– S’il parle, il répondra qu’il vit…
Par habitude.

. . .

– Oh ! que je voudrais là, Madame,
Tous deux !… – veux-tu ? –
Vivre, dent pour œil, corps pour âme !…
– Rêve pointu. –

Vous percheriez dans la lanterne :
Je monterais…
– Et moi : ci-gît, dans la citerne…
– Tu descendrais –

Dans le boyau de l’édifice
Nous promenant,
Et, dans le feu – sans artifice –
Nous rencontrant.

Joli ramonage… et bizarre,
Du haut en bas !
– Entre nous… l’érection du phare
N’y tiendrait pas…

Le Phare de Tristan CORBIERE (1845-1875) – Recueil : « Les Amours jaunes »