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Royan

[ 27 mai 2020 ]

virtuARTlisation d’une photographie personnelle

La poussière de l’heure et la cendre du jour
En un brouillard léger flottent au crépuscule.
Un lambeau de soleil au lointain du ciel brûle,
Et l’on voit s’effacer les clochers d’alentour.

La poussière du jour et la cendre de l’heure
Montent, comme au-dessus d’un invisible feu,
Et dans le clair de lune adorablement bleu
Planent au gré du vent dont l’air frais nous effleure.

La poussière de l’heure et la cendre du jour
Retombent sur nos cœurs comme une pluie amère,
Car dans le jour fuyant et dans l’heure éphémère
Combien n’ont-ils pas mis d’espérance et d’amour !

La poussière du jour et la cendre de l’heure
Contiennent nos soupirs, nos vœux et nos chansons ;
À chaque heure envolée, un peu nous périssons,
Et devant cette mort incessante, je pleure

La poussière du jour et la cendre de l’heure…

( Lozeau, Albert, « La poussière du jour », Le miroir des jours, Montréal, 1912. )


Je vois la vie en rouge

[ 13 avril 2020 ]

virtuARTlisation d’une photographie personnelle en plein confinement

L’un toujours vit la vie en rose,
Jeunesse qui n’en finit plus,
Seconde enfance moins morose,
Ni vœux, ni regrets superflus.
Ignorant tout flux et reflux,
Ce sage pour qui rien ne bouge
Règne instinctif : tel un phallus.
Mais moi je vois la vie en rouge.

L’autre ratiocine et glose
Sur des modes irrésolus,
Soupesant, pesant chaque chose
De mains gourdes aux lourds calus.
Lui faudrait du temps tant et plus
Pour se risquer hors de son bouge.
Le monde est gris à ce reclus.
Mais moi je vois la vie en rouge.

Lui, cet autre, alentour il ose
Jeter des regards bien voulus,
Mais, sur quoi que son œil se pose,
Il s’exaspère où tu te plus,
Œil des philanthropes joufflus ;
Tout lui semble noir, vierge ou gouge,
Les hommes, vins bus, livres lus.
Mais moi je vois la vie en rouge.

Envoi
Prince et princesse, allez, élus,
En triomphe par la route où je
Trime d’ornières en talus.
Mais moi, je vois la vie en rouge.

( Paul Verlaine – 1844-1896 – Ballade de la vie en rouge


Rouge frisson

[ 4 mars 2020 ]

virtuARTlisation d’une gravure ancienne en plein confinement

Rouge amoureuse
Pour prendre part à ton plaisir
Je me colore de douleur.

J’ai vécu tu fermes les yeux
Tu t’enfermes en moi
Accepte donc de vivre.

Tout ce qui se répète est incompréhensible
Tu nais dans un miroir
Devant mon ancienne image.

( Paul Eluard – Rouge amoureuse )


> Feu

[ 26 janvier 2020 ]

… d’après une photo personnelle virtuARTlisée,

Feu, feu, feu du foyer d’en bas, feu du foyer d’en haut,
Lumière qui brille dans la lune, lumière qui brille dans le soleil
Étoile qui étincelle la nuit, étoile qui fend la lumière, étoile filante.

Esprit du tonnerre, œil brillant de la tempête,
Feu du soleil qui nous donne la lumière,
Je t’appelle pour l’expiation, feu, feu !

Feu qui passe, et tout meurt derrière tes traces,
Feu qui passe, et tout vit derrière toi,
Les arbres sont brûlés, cendres et cendres,
Les herbes ont grandi, les herbes ont fructifié.

Feu ami des hommes, je t’appelle, feu, pour l’expiation !
Feu, je t’appelle, feu protecteur du foyer,
Tu passes, ils sont vaincus, nul ne te surpasse,
Feu du foyer, je t’appelle pour l’expiation !

( anthologie nègre de Blaise Cendars – 1921 – )


> Carrelet à Saint Georges de Didonne

[ 2 février 2020 ]

virtuARTlisation de ce jour

Mon carrelet se trouve au bord d’une falaise
Son filet relevé sur le petit ponton,
Sa cabane m’abrite et j’y suis bien à l’aise
Aujourd’hui je m’enfuis loin du triste béton.
C’est là que la lumière est plus forte, plus pure,
Elle attend le moment de notre rendez-vous
J’accélère mon pas et j’entends le murmure
Que chante l’océan de son air le plus doux.
Je distingue déjà ces belles sentinelles,
Tous ces toits semblent s’être allongés sur les flots,
Ils sont là tout le long ouvrent grandes leurs ailes
Dessinant le rivage en tous petits îlots.
L’odeur devient plus acre et l’océan courrouce
Jetant jusqu’à ma porte une lame de fond,
Déjà les pilotis se recouvrent de mousse
Dans le jour qui paraît sur cet azur profond.

( Nell – 10 mars 2016 – « Les carrelets sur l’océan » – extrait du net )


> Lion cohérent

[ 30 janvier 2020 ]

virtuARTlisation d’une photographie que j’ai prise en 2019

On exposait une peinture
Où l’artisan avait tracé
Un lion d’immense stature
Par un seul homme terrassé.
Les regardants en tiraient gloire.
Un lion en passant rabattit leur caquet.
 » Je vois bien, dit-il, qu’en effet
On vous donne ici la victoire ;
Mais l’ouvrier vous a déçus : Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes confrères savaient peindre. « 

( Jean de la Fontaine )


> Le vieil arbre

[ 24 janvier 2020 ]

virtuARTlisation d’une photographie de mon vieil arbre préféré, malheureusement beaucoup dégradé aujourd’hui,

Tu réveilles en moi des souvenirs confus.
Je t’ai vu, n’est-ce pas ? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l’orage avait un noble geste,
Et l’amour se cachait dans tes rameaux touffus.

D’autres, autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste;
Et toi-même, aujourd’hui, sait-on ce que tu fus ?

Ô vieil arbre tremblant dans ton écorce grise;
Sens-tu couler encore une sève qui grise ?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés ?

Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine,
Et, pour tromper l’ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J’aime à me souvenir des nids que j’ai bercés.

( Pamphile Le May, 1837-1918, « À un vieil arbre », Les gouttelettes, 1904. )


> Pêcheur d’Islande

[ 22 janvier 2020 ]

Un soir de rude tempête
Un joyeux pêcheur dunkerquois
Se dit saperlipopette !
Je le sens bien, je n’suis pas d’bois
Pas d’erreur, pour pêcher
Le vent veut m’empêcher
J’m’en bats l’oeil proprement
Question de tempérament
Mais puisque sur la mer
Pas moyen prendre l’air
Je vais profiter un’ bon n’ fois
De l’amour et d’ses douces lois

Vint à passer un joli brin de fille
Il remarqua, la reluquant : qu’elle est gentille !
Si je pouvais me griser de bonheur
En lui posant sur l’heure
Mon grappin séducteur

La p’tit’ prit la rue d’l’Eglise
A pas pressés sur le trottoir
Que faut-il que je lui dise ?
Songeait-il je la veux ce soir
Près d’l’église Saint-Eloi
S’approchant plein d’émoi
Il murmura doucement
Ecoutez belle enfant
Pourquoi presser le pas ?
Voyons prenez mon bras
Dans un timide et doux regard
Ell’ désigna la plac’ Jean Bart

Tout en filant ce joli brin de fille
Il soupira, la reluquant : qu’elle est gentille !
Je voudrais bien me griser de bonheur
En lui posant sur l’heure
Mon grappin séducteur

Soudain près des Quatre Ecluses
La p’tit’ avoua s’retournant
Mon p’tit comprends-tu les ruses
De mon p’tit remorquag’ galant ?
T’as l’air d’un bon garçon
Aboul’ moi ton pognon
Et j’te sacre seigneur
De mon p’tit intérieur
Malgré son air piteux
Le p’tit fut généreux
Et goûta le suprême bonheur
Dans un p’tit ‘beurtje » d’un quart d’heure

En bécotant ce joli brin de fille
Il soupira très tendrement : qu’elle est gentille !
Je puis enfin me griser de bonheur
En lui posant sur l’heure
Mon grappin séducteur

Le lendemain de l’aventure
Se trouvant près du Leughenaer
Le gars disait : je le jure
Ce n’est pas l’effet du hasard
Malgré le vent du Nord
Qui « saquait » à tribord
J’ai lancé mes filets
Avec un grand succès
Guch’, t’as rien de l’aplomb
Mais lui riposta goguenard
C’était près d’l »estatue » d’Jean Bart

Que lundi soir, étant un peu pompette
Une fillette, à l’œil moqueur m’a fait risette
Que voulez-vous ? en bon marin pêcheur
Je lui posait sur l’heure
Mon grappin séducteur

( chanson populaire dunkerquoise – env. 1900 – la pèche au peudre )


> Lézard de carnaval

[ 18 janvier 2020 ]

virtuARTlisation d’une ancienne photographie.

Lézard des rochers,
Lézard des murailles,
Lézard des semailles,
Lézard des clochers.

Tu tires la langue,
Tu clignes des yeux,
Tu remues la queue,
Tu roules, tu tangues

Lézard bleu diamant
Violet reine-claude,
Et vert d’émeraude,
Lézard d’agrément !

( Robert Desnos – le lézard – « Chantefables » )


> Escalier de Léonard

[ 15 janvier 2020 ]

virtuARTlisation d’une photographie prise au Clos Lucé à Amboise, dernière demeure de Léonard de Vinci.

L’escalier du réel
Est dur et épuisant
Mais il est beau vivant
Même si parfois cruel

Celui du trop grand rêve
Il est facile rapide
Et pas toujours lucide
Car il est juste un rêve

Rêve à réaliser
Et que les mains se tendent
Sa force est offrande
Comme il est bon l’oser

Car de vivre son rêve
C’est exister vraiment
Le coeur pur palpitant
Une fatigue s’achève

( Annick – juillet 2007- )